Arles/Montpellier, son pays

Fin août, dans un ter confit de chaleur qui relie Montpellier et Marseille. Quel est le sens de ce paysage qui s’écrase en longueur derrière la vitre ? La Crau en oblique s’aplatit. Un roseau plié sous le mistral, un ragondin estourbi le long d’une eau croupie et tout l’enjeu d’une promenade à cheval pour touristes organisée par mon père me revient. Nous sommes aux vacances de la Toussaint, un cheval trop petit pour lui (mon père) et un trop grand pour mon frère terrifié. Aujourd’hui à l’âge adulte, je comprends enfin ses efforts déployés pour le jeu du bonheur.  Plus loin, la plaine de la Crau s’évide, laisse place à l’étang de Berre. Un taureau au loin fait surgir un folklore sanguinaire. Le vent hérisse les  figuiers. Roulis du train, remous de la mémoire, c’est les vacances de Noël.  Sur l’aire d’autoroute de L’A7 à Montélimar, l’odeur d’essence écœurante se mêle à celle des résineux. Nous avons 11 ans  et 7 ans. Au-delà de la barrière de sécurité, après l’embouteillage, nous guettons la roche, les pins , l’appel de la colline. Nous n’y aurons pas accès, englués que nous sommes par les nougats d’autoroute.

Le train est au pas désormais et je peux visiter le passé. Un platane ployé par l’été, m’y conduit. Je me penche, je le vois. Mon père joue avec des feuilles, dans le jardin de sa famille. Sa mère hurle par la fenêtre de rajouter un pull. Elle ne vérifie pas mais lance l’injonction plusieurs fois. Il fait des dessins avec les écorces vertes et blanches de l’arbre. Mon père s’exécute machinalement une fois, deux fois, 3 fois.  La composition d’écorce s’effrite. Il a maintenant 3 pulls et crève de chaud.

Le train avance et tout recule en moi.